Manuscrit inédit peut-être rédigé par le père Julien Maunoir lui-même (1606-1683), relatant la vie extraordinaire de Marie Amice Picard (1599-1652), mystique bretonne dont le cas suscita les plus vives polémiques. Marie Amice Picard, née dans la paroisse de Guiclan, diocèse de Léon, est l’une des figures les plus énigmatiques du XVIIe siècle breton.

Le 7 août 1635, elle commença d’éprouver le martyr des Saints. Le manuscrit du père Maunoir décrit avec précision les stigmates dont son corps fut successivement meurtri, ainsi que les passions que déchaîna la jeune femme. Lapidée, transpercée de plus de cents flèches, décapitée, blessée à coups de hache, empalée, flagellée, écorchée vive, plongée dans l’huile brûlante… Marie Amice survit miraculeusement à tous ces supplices.
Accusée de sorcellerie et confrontée à la vindicte populaire, elle fut traduite en justice et, sur ordre de Monseigneur Cupif, évêque de Léon, transférée à Saint-Pol de Léon pour être soumise à la question. A la suite de cette enquête, elle fut reconnue comme « une extatique très loyale et très chrétienne ». Elle mourut le jour de Noël 1652 dans un état d’extase et fut inhumée à la cathédrale de Saint-Pol de Léon.
Ce document a beaucoup intrigué les commentateurs. En 1895, Xavier-Auguste Séjourné, dans son Histoire du Vénérable serviteur de Dieu Julien Maunoir de la Compagnie de Jésus émettait quelques réserves quant à ce récit : « Nos idées modernes, écrit-il, ne sont plus faites à de pareilles épreuves. Nous sommes tentés de rejeter a priori ces merveilleuses singularités, dont les témoins ont été si nombreux à Saint-Pol de Léon » Jugement réitéré par M. de Gouvello quelques années plus tard : « Pages impossibles à publier, tellement elles sont naïves et étranges ». Toutefois, d’après le Père Séjourné, ce manuscrit a fait l’objet de trois copies, l’une se trouvant à Paris, l’autre à Rome, la dernière à Quimper. D’autre part, le manuscrit du Père Maunoir a donné lieu à deux abrégés, le premier en 1756 par le Père Jean-François de la Marche, l’autre en 1892 par l’abbé Peyron, chanoine de Quimper.

Ce document présente un intérêt scientifique considérable pour l’étude du sentiment religieux en Bretagne au XVIIe siècle. Ses qualités littéraires sont par ailleurs indéniables. Aussi offre-t-il de larges perspectives pour la recherche universitaire.
Ouvrage acquis avec l’aide du FRAB Bretagne cofinancé par le Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Bretagne) et le Conseil régional de Bretagne.