Romans adultes

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Au pays
 
Auteur: Tahar BEN JELLOUN


Public: 


Difficile retour "au pays" d'un travailleur immigré marocain

Résumé :

Mohamed quitte le Maroc en 1962. Installé dans les Yvelines avec sa femme, il construit sa vie autour de ses cinq enfants et de son travail. Pendant quarante ans il est l'ouvrier consciencieux d'une chaîne de montage. Mais voilà, l'heure de la retraite a sonné et "lentraite", comme il la surnomme, est synonyme de terribles angoisses pour cet homme qui a voué sa vie au travail. Comment combler ce vide ? Pourquoi veut-on l'empêcher de travailler ? Ses enfants se sont éloignés de la tradition et de l'Islam dans lequel ils ont été élevés. Mohamed se sent délaissé, abandonné. Sa seule consolation, il la trouve auprès de Nabil, son jeune neveu trisomique, qu'il a recueilli et qui lui donne le réconfort qu'il ne reçoit pas des autres. Il retrouve le goût de vivre quand il met enfin à exécution le rêve de sa vie : retourner au bled, "au pays", et y construire une immense demeure dans laquelle chacun de ses cinq enfants aura sa chambre. Mais ce retour ne va être qu'une succession de désillusions pour Mohamed.


Commentaire :

Ce roman de Tahar Ben Jelloun (qui fut d'abord une nouvelle intitulée "Lentraite") a beaucoup touché les lecteurs tant par son sujet, le tiraillement d'un homme entre deux cultures et deux pays, que par l'écriture, belle, poétique, émouvante, qui restitue avec justesse la voix d'un homme certes analphabète mais néanmoins cultivé, ouvert, clairvoyant, sachant démasquer les charlatans et les extrémistes, dont le drame est d'être en décalage avec la génération de ses enfants, trop différents de lui, trop "français". La première partie du roman est consacrée aux interrogations existentielles du héros, un homme dont la raison de vivre était le travail et qui se retrouve face à un gouffre, une béance insupportable. Dans la deuxième partie du roman, l'histoire démarre vraiment avec le retour au pays, un pays que Mohamed n'a jamais idéalisé car il y a connu la peur sous le règne de "notre ami le roi", et la construction de la maison, les difficultés de tous ordres qui ralentissent les travaux, qui épuisent Mohamed. On ressent de la pitié pour cet homme qui semble se débattre pour que ses enfants s'intéressent à lui. Cet homme simple et bon nous émeut. Tahar Ben Jelloun se fait le porte-parole de tous ces hommes, silencieux, qui ont donné leurs bras à la France mais aussi leur descendance et une partie de leur âme.