Crémation

Auteur: Rafael CHIRBES
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Décadence espagnoleRésumé :Matias Bertomeu vient de mourir. Dans sa voiture, Ruben pense à ce frère de quelques années son cadet qui a vécu de façon très différente de la sienne. Lui, Ruben, a commencé comme architecte, animé par des idéaux sociaux et politiques qui se sont effrités au fil des années. A soixante-dix ans, il est un riche promoteur qui a fait fortune en bétonnant sans respect de l’environnement et sans état d’âme les côtes de son village natal, Misent, sur le rivage méditerranéen espagnol. Matias, un peu plus fidèle à sa jeunesse « révolutionnaire » cultivait, à la fin de sa vie, des oliviers « bio ». Autre personne touchée par la mort de Matias, Sylvia, la fille de Ruben, qui adulait cet oncle idéaliste, si différent de son propre père, compromis avec des politiciens véreux et la mafia russe. Une mafia qui n’a pas hésité à punir un employé de Ruben, Collado, qui s’était amouraché d’une jeune prostituée. Sylvia est la fille du premier mariage de Ruben. Celui-ci s’est remarié avec Monica, de près de quarante ans sa cadette qui compte sur cette union pour sortir de sa condition modeste. Juan, le mari de Sylvia écrit la biographie de l’écrivain Federico Bouard, qui fut l’ami de Ruben et qui est devenu alcoolique.
Commentaire :"Crémation" est un roman choral : les personnages prennent la parole à tour de rôle, en de longs monologues où se mêlent souvenirs et temps présent, évoquant le défunt, les relations qu'ils entretenaient, ou non, avec lui, exprimant leurs sentiments et les pensées que la mort de Matias leur inspire, révélant des situations familiales et intimes plutôt tendues. De leurs propos, se dessine un portrait en creux de Matias, de chacun des protagonistes et de toute une génération, pragmatique, qui a sacrifié ses idéaux (et son environnement naturel) sur l'autel de l'argent, par appât du gain, par volonté de réussite sociale, par matérialisme. Celui qui est resté le plus proche de ses idéaux de jeunesse, c'est Matias, mais son portrait n'est pas très flatteur. Rafael Chirbes a une vision désenchantée de son époque, qui a vu l'échec des utopies. Ses personnages sont soit intéressés par l'argent, soit veules, soit pervers. Aucun n'attire la sympathie, même pas Bouard, l'intellectuel, l'écrivain qui philosophe sur l'existence mais qui est devenu alcoolique. L'auteur est également pessimiste : il prévoit l'engloutissement de ce monde artificiel qui a tenté d'asservir la nature à ses intérêts. Bien que sombre et parfois bavard, ce roman-bilan d'une vie, de la génération d'après-guerre, d'un pays particulier, l'Espagne, qui a connu une extraordinaire évolution grâce à l'activité du secteur du bâtiment, est susceptible d'intéresser un public assez large, du fait de l'abondance des thèmes traités, qui relèvent soit de la sphère intime, soit de l'histoire collective, et de la construction, audacieuse.